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ImmoTamTam Canis lupus Le loup
, mythes et contes
Contes : Les Trois Petits Cochons, La Chèvre de M. Seguin, Le Petit chaperon rouge, La première mésaventure d'Ysengrin
Mythes : de Remus et Romulus, Comment le Loup vint au Monde
Remus et RomulusImmoTamTam
Louve romaine
v. 450 av. J.-C. Bronze. Rome, palais des Conservations.
ImmoTamTam LES MYTHES
Comment le Loup vint au Monde
Dans le vert paradis des temps très lointains, lorsque Adam et Ève eurent croqué la pomme défendue, Dieu fut tellement fâché qu'il les chassa pour toujours. Les regardant s'éloigner, tristes et nus, il eut pitié d'eux et leur tendit un dernier cadeau : une baguette magique! Il suffisait, leur dit il, d'en frapper la mer pour voir arriver quelque chose de bon. Adam prit le bâton et le tourna dans tous les sens. Comment cette chose longue et brune allait elle leur faciliter la vie ? Il décida de l'essayer sans tarder. En serrant bien fort la baguette dans ses mains, il entra dans l'eau jusqu'aux genoux et, d'un geste maladroit, toucha de la pointe la surface de la mer. Aussitôt, un remous se fit. Ce fut une brebis qui sortit de l'eau en secouant sa blanche toison. Adam la regarda : elle avait l'air dodue et docile. Prends bien soin de cette bête, dit il à Ève, elle nous donnera des vêtements chauds et du fromage pour manger avec notre pain. Mais Ève pensa qu'une seule brebis faisait un maigre troupeau, bien trop petit pour nourrir et vêtir les nombreux enfants qu'ils auraient bientôt. Elle s'empara de la baguette et frappa sur l'eau à son tour. Aïe! se dit elle en relevant le bras, cette seconde bête ne ressemble pas du tout à la première ! Un pelage gris, des oreilles pointues, une longue queue touffue, des yeux étranges et surtout des dents faite pour bien autre chose que pour croquer des pommes ! C'était un loup ! Ève aurait bien voulu apprivoiser le nouveau venu, passer la main dans l'épaisse fourrure, mais, avec un grondement terrifiant, l'animal retroussa le museau pour bien montrer ses crocs. Effrayée, elle recula. Le loup en profitant pour se jeter sur la brebis et l'emporta vers les bois afin de la dévorer tranquillement. En voyant disparaître leurs provisions de fromage et de vêtements chauds, une grande colère monta dans le coeur d'Adam. Il saisit à nouveau la baguette; il aurait pu battre sa femme mais cette idée ne lui était pas encore venue et il se contenta de fouetter la mer avec rage. Un chien bondit hors de l'eau, qui courut derrière le loup en aboyant très fort. De terreur, le loup lâcha la brebis et se sauva vers la lisière de la foret. Adam était content; il laissa tomber la baguette pour flatter le chien. Sans faire de bruit, Ève la ramassa et caressa la mer d'un geste léger. Une forme rousse s'en échappa : Ève venait d'inventer le renard, qui rejoignit le loup au fond des bois. Museaux gourmands et dents pointues, mangeurs de volaille ou de moutons, ils étaient de la même famille. Depuis ce temps la,ils rodent tous les deux dans les sombres forets, s'approchant des poulaillers et des bergeries, pour voler aux hommes les meilleurs gigots, les plus délicieux chapons
La Naissance de Romulus et Rémus
Dans les montagnes d'Italie, bien avant que l'Italie n'appartienne à Rome et aux Romains, il y avait une ville riche et blanche qui brillait sous le soleil. Elle avait pour nom Alba Longua, Albe la longue. A ses pieds, coulait un fleuve, le Tibre, qui séparait la terre des Étrusques et celle des Latins. Le roi d'Albe avait deux fils : Numitor, l'aîné, qui héritait du trône, et Amulius, le second, qui jalousait son frère. Dès qu'il put, Amulius chassa Numitor et tua ses enfants, sauf sa fille, qu'il fit enfermer comme prêtresse dans le temple de la déesse Vesta, là ou aucun homme ne pourrait l'approcher. Mais le dieu Mars, du haut de son char, vit la jeune fille et la trouva belle. Il vint sur terre pour l'aimer. Neuf mois plus tard, la jeune prêtresse mettait au monde deux jumeaux magnifiques, qu'elle nomma Romulus et Rémus. Lorsqu'il apprit la naissance de ses neveux, Amulius entra dans une effroyable colère. Qu'on jette ces deux rejetons dans le fleuve ! Cria-t-il, et personne ne saura jamais qu'ils étaient les descendants du roi Numitor ! Au petit matin, un serviteur descendit en silence vers le Tibre, portant dans ses bras une nasse d'osier ou reposaient les deux nourrissons. Le Tibre était en crue ; le fleuve avait envahi les bergers et les champs alentour. Sans un regard pour les petits visages endormis, l'homme déposa la corbeille sur l'eau boueuse et la poussa du pied aussi loin qu'il put, afin que le courant l'emporte. Vite ! Que les petits disparaissent et que s'apaise la colère du roi ! Tandis que l'homme regagnait le palais, l'eau cessa de monter. Avec mille bruits mouillés, le fleuve rentra doucement dans son lit, laissant la corbeille échouée sur la rive. Dans leurs linges humides, les petits pleuraient de faim et de froid. Quelle belle proie pour les bêtes fauves ! Derrière les figuiers, une ombre hésitante apparut. C'était une louve qui était venue boire et qui trouvait sur son chemin cet étrange panier d'ou jaillissaient des piaillements. De loin, elle flaira l'odeur des bébés. Une patte, puis l'autre ; elle s'approcha. Son museau se fit velours. A grands coups de langue, elle les réchauffa. Et les petits, agrippés aux mamelles, se mirent à téter le lait chaud qui remplissait leur ventre affamé. Repus, ils s'endormaient à nouveau. La louve, silencieuse, s'installa pour veiller sur eux. Elle les nourrit, les protégea jusqu'à l'arrivée de Faustulus, le berger, qui menait son troupeau vers le fleuve. Aussitôt, l'homme porta les petits à son logis. Pauvres mignons ! Qui a osé ? Murmura son épouse en les cajolant. Faustulus ne dit mot mais il savait bien que ces enfants là n'étaient pas des enfants de berge. Quelques années plus tard, ils étaient devenus de beaux garçons. A la tête d'une joyeuse bande, ils parcourraient le pays en se riant des dangers et atteignirent bientôt les terres de Numitor, le roi détrôné, exilé. Un jour pourtant, des brigands capturèrent Remus et le livrèrent à Numitor. Ému par le jeune homme, le vieux Numitor le fit parler. Tous deux ne tardèrent pas à découvrir qu'ils étaient du même rang. Quel bonheur ! Rémus était ébloui de se savoir fils de roi et Numitor rendait grâce aux dieux d'avoir sauvé sa descendance. Pendant ce temps, Romulus marchait au secours de son frère avec une armée de solides gaillards. Les deux jeunes princes voulurent créer une ville au bord du fleuve, à l'endroit ou la louve les avait sauvés. C'est ainsi que fut fondée la ville de Rome, qui allait dominer le monde.
ImmoTamTam LES CONTES
La première mésaventure d'Ysengrin
Grand amateur de bons jambons et de petits agneaux, Yysengrin le loup était l'oncle de Renard et il aimait son neveu de grande affection. Un jour, il vit Renard arriver chez lui, tout affaibli. Serais tu malade, mon joli neveu ? Il faut te réconforter ! As tu mangé ce matin ? Et il commanda à Dame Hersent, son épouse, de cuisiner un petit ragoût de rognons. De dépit, Renard se tordit le museau ; des rognons ! Des bas morceaux, juste bons pour les chiens ! En levant la tête, il aperçut pourtant deux beaux jambons qui pendaient au plafond. Quelle folie, mon oncle, s'écria-t-il, de laisser vos jambons à la vue de tous !Les gens sont si envieux, ils pourraient vous en demander un morceau que vous ne sauriez refuser, à moins de passer pour un radin. Je n'en donnerai à personne ! Tonna le loup, qui tenait à ses jambons comme d'autres à la peau de leur derrière ; à personne, tu m'entends ? Ni frère, ni neveu, ni nièce ! Renard baissa le nez dans son assiette, il avala sa part de rognons et rentra se coucher. Mais à la nuit noire, il revint en catimini lorsque Ysengrin et Dame Hersent ronflaient à qui mieux. Il grimpa sur le toit et écarta le chaume qui couvrait les poutres : les jambons étaient là, dodus, parfumés ! Il en avait l'eau à la bouche ! Sans bruit, il en décrocha un, puis l'autre, et courut à son logis, ou il les cacha dans la paillasse de son lit. A midi, l'oreille bien droite et l'air guéri, il pointa le museau chez son oncle. La famille était au désespoir. Dame Hersent s'arrachait le poil en signe de deuil tandis qu'Ysengrin grinçait des dents. Je vois que vous avez suivi mon conseil ! Vous avez caché vos jambons ! S'exclama Renard. Je vous félicite, mon oncle, de cette sage précaution ! Ysengrin lui jeta un regard noir. Si je les avais cachés, crois tu que j'aurais aussi fait un trou dans mon toit ? Rugit-il. Mais voilà une excellente ruse ! affirma Renard de son air le plus ingénu. Ainsi tout le monde croira qu'on vous vous les a volés et personne ne vous en demandera plus ! Sur ces bonnes paroles, il rentra chez lui déguster une belle tranche de jambon, tout en songeant à la prochaine farce qu'il pourrait faire à son oncle.
Le Petit chaperon rouge
Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu'on eût su voir: sa mère en était folle, et sa mère grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien que par tout on l'appelait le petit Chaperon rouge. Un jour sa mère ayant cuit et fait des galettes, lui dit: « Va voir comment se porte la mère-grand; car on m'a dit qu'elle était malade: porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. » Le petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village . En passant dans un bois, elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger; mais il n'osa à cause de quelques bûcherons qui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait. La pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il était dangereux de s'arrêter a écouter un loup, lui dit:« Je vais voir ma mère-grand, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère lui envoie. Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup. Oh! oui, dit le petit Chaperon rouge; c'est par delà le moulin que vous voyez tout là-bas, là-bas, à la première maison du village. Eh bien ! dit le Loup, je veux l'aller voir aussi: je m'y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons a qui plus tôt y sera. » Le Loup se mit a courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court; et la petite fille s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des noisettes, à courir après les papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu'elle rencontrait. Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la mère-grand; il heurte: toc, toc. « Qui est là? C'est votre fille le petit Chaperon rouge, dit le Loup en contrefaisant sa voix, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que ma mère vous envoie.» La bonne mère-grand, qui était dans son lit, à cause qu'elle se trouvait un peu mal, lue cria: «Tire la chevillette, la bobinette cherra.» Le Loup tira la chevillette et la porte s'ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien; car il y avait plus de trois jours qu'il n'avait rien mangé. Ensuite il ferma la porte et s'alla coucher dans le lit de la mère-grand, en attendant le petit Chaperon rouge, qui, quelque temps après, vint heurter à la porte: toc, toc. «Qui est la? » Le petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup, eut peur d'abord, mais, croyant que sa mère-grand était enrhumée, répondit: «C'est votre fille, le petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma mère vous envoie.» Le Loup lui cria, en adoucissant un peu sa voix: «Tire la chevillette, la bobinette cherra.» Le petit Chaperon rouge tira la chevillette et la porte s'ouvrit. Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture: «Mets ta galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi.» Le petit Chaperon rouge se déshabille et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit: Ma mère-grand, que vous avez de grands bras! - C'est pour mieux t'embrasser, ma fille! Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes! - C'est pour mieux courir, mon enfant! Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles! - C'est pour mieux écouter, mon enfant! Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux! - C'est pour mieux te voir, mon enfant! Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents! - C'est pour te manger! Et, en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le petit Chaperon rouge et la mangea.
La Chèvre de M. Seguin
Tu seras bien toujours le même, mon pauvre Gringoire ! Comment ! on t'offre une place de chroniqueur dans un bon journal de Paris, et tu as l'aplomb de refuser. Mais regarde-toi, malheureux garçon ! Regarde ce pourpoint troué, ces chausses en déroute, cette face maigre qui crie la faim. Voilà pourtant où t'a conduit la passion des belles rimes ! Voilà ce que t'ont valu dix ans de loyaux services dans les pages du sire Apollo... Est-ce que tu n'as pas honte, à la fin ? Fais-toi donc chroniqueur, imbécile ! Fais-toi chroniqueur ! Tu gagneras de beaux écus à la rose, tu auras ton couvert chez Brébant, et tu pourras te montrer les jours de première avec une plume neuve à ta barrette... Non ? Tu ne veux pas ?... Tu prétends rester libre à ta guise jusqu'au bout... Eh bien, écoute un peu l'histoire de la chèvre de M. Seguin. Tu verras ce que l'on gagne à vouloir vivre libre. M. Seguin n'avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres. Il les perdait toutes de la même façon : un beau matin, elles cassaient leur corde, s'en allaient dans la montagne, et là-haut le loup les mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la peur du loup, rien ne les retenait. C'était, paraît-il, des chèvres indépendantes, voulant à tout prix le grand air et la liberté. Le brave M. Seguin, qui ne comprenait rien au caractère de ses bêtes, était consterné. Il disait : C'est fini ; les chèvres s'ennuient chez moi, je n'en garderai pas une. Cependant, il ne se découragea pas, et, après avoir perdu six chèvres de la même manière, il en acheta une septième ; seulement, cette fois, il eut soin de la prendre toute jeune, pour qu'elle s'habituât à demeurer chez lui. Ah ! Gringoire, qu'elle était jolie la petite chèvre de M. Seguin ! qu'elle était jolie avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande ! C'était presque aussi charmant que le cabri d'Esméralda, tu te rappelles, Gringoire ? et puis, docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans mettre son pied dans l'écuelle. Un amour de petite chèvre... M. Seguin avait derrière sa maison un clos entouré d'aubépines. C'est là qu'il mit la nouvelle pensionnaire. Il l'attacha à un pieu, au plus bel endroit du pré, en ayant soin de lui laisser beaucoup de corde, et de temps en temps, il venait voir si elle était bien. La chèvre se trouvait très heureuse et broutait l'herbe de si bon coeur que M. Seguin était ravi. Enfin, pensait le pauvre homme, en voilà une qui ne s'ennuiera pas chez moi ! M. Seguin se trompait, sa chèvre s'ennuya. Un jour, elle se dit en regardant la montagne : Comme on doit être bien là-haut ! Quel plaisir de gambader dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !...C'est bon pour l'âne ou pour le boeuf de brouter dans un clos !... Les chèvres, il leur faut du large. A partir de ce moment, l'herbe du clos lui parut fade. L'ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit rare. C'était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête tournée du côté de la montagne, la narine ouverte, en faisant Mê !... tristement. M. Seguin s'apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c'était... Un matin, comme il achevait de la traire, la chèvre se retourna et lui dit dans son patois : Écoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne. Ah ! mon Dieu !... Elle aussi ! cria M. Seguin stupéfait, et du coup il laissa tomber son écuelle ; puis, s'asseyant dans l'herbe à côté de sa chèvre. Comment, Blanquette, tu veux me quitter ! Et Blanquette répondit : Oui, monsieur Seguin. Est-ce que l'herbe te manque ici ? Oh ! non ! monsieur Seguin. Tu es peut-être attachée de trop court, veux-tu que j'allonge la corde ? Ce n'est pas la peine, monsieur Seguin. Alors, qu'est-ce qu'il te faut ? qu'est-ce que tu veux ? Je veux aller dans la montagne, monsieur Seguin. Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la montagne... Que feras-tu quand il viendra ?... Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Seguin. Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques autrement encornées que toi... Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude qui était ici l'an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit... puis, le matin, le loup la mangée. Pécaïre ! Pauvre Renaude !... Ca ne fait rien, monsieur Seguin, laissez-moi aller dans la montagne. Bonté divine !... dit M. Seguin ; mais qu'est-ce qu'on leur fait donc à mes chèvres ? Encore une que le loup va me manger... Eh bien, non... je te sauverai malgré toi, coquine ! et de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t'enfermer dans l'étable et tu y resteras toujours. Là-dessus, M. Seguin emporta la chèvre dans une étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il avait oublié la fenêtre et à peine eut-il tourné, que la petite s'en alla... Tu ris, Gringoire ? Parbleu ! je crois bien ; tu es du parti des chèvres, toi, contre ce bon M. Seguin... Nous allons voir si tu riras tout à l'heure. Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête. Tu penses, Gringoire, si notre chèvre était heureuse ! Plus de corde, plus de pieu... rien qui l'empêchât de gambader, de brouter à sa guise... C'est là qu'il y en avait de l'herbe ! jusque par-dessus les cornes, mon cher !... Et quelle herbe ! Savoureuse, fine, dentelée, faite de mille plantes... C'était bien autre chose que le gazon du clos. Et les fleurs donc !... De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux !... La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes... Puis, tout à coup elle se redressait d'un bond sur ses pattes. Hop ! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là-haut, en bas, partout... On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de M. Seguin dans la montagne. C'est qu'elle n'avait peur de rien la Blanquette. Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au passage de poussière humide et d'écume. Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate et se faisait sécher par le soleil... Une fois, s'avançant au bord d'un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes. Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là-dedans ? Pauvrette ! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que le monde... En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de M. Seguin. Vers le milieu du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba dans une troupe de chamois en train de croquer une lambrusque à belles dents. Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation. On lui donna la meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent très galants... Il paraît même, ceci doit rester entre nous, Gringoire, qu'un jeune chamois à pelage noir, eut la bonne fortune de plaire à Blanquette. Les deux amoureux s'égarèrent parmi le bois une heure ou deux, et si tu veux savoir ce qu'ils se dirent,va le demander aux sources bavardes qui courent invisibles dans la mousse. Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le soir. Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée. En bas ! les champs étaient noyés de brume. Le clos de M. Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un gerfaut qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit... puis ce fut un hurlement dans la montagne : Hou ! hou !Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M. Seguin qui tentait un dernier effort. Hou ! hou !... faisait le loup. Reviens ! reviens !... criait la trompe. Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester. La trompe ne sonnait plus... La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient... C'était le loup. Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment. Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Seguin ! et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d'amadou. Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite ; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Seguin qu'elle était... Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup, mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude... Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse. Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur ! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait : Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube... L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents... Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une métairie. Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir ; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang... Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea. Adieu, Gringoire ! L'histoire que tu as entendue n'est pas un conte de mon invention. Si jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de la cabro de moussu Seguin, que se battégue touto la neui emé lou loup, e piei lou matin lou loup la mangé. Tu m'entends bien, Gringoire. E piei lou matin lou loup la mangé.
Les Trois Petits Cochons
Il était une fois, trois petits cochons qui vivaient ensemble dans une grande ferme. Ils avaient grandi et avaient décidé de partir pour aller vivre chacun de son côté. Le premier petit cochon fit une maison en paille. Le loup arriva et souffla sur la maison qui s'envola. Heureusement, le petit cochon se sauva chez son frère. Le deuxième petit cochon fit une maison en bois. Le loup arriva, il souffla une fois, deux fois, trois fois. Heureusement le petit cochon se sauva chez son frère. Le troisième petit cochon fit une maison en briques. Quand le loup arriva, il souffla cent fois, sur la maison en briques, mais celle-ci ne s'envola pas. " Je reviendrai ! " dit le loup très fâché. Pendant ce temps, les trois petits cochons étaient très contents dans leur maison. Le loup eut une idée. Il revint et passa par la cheminée. Mais cette fois, les petits cochons avaient prévu l'attaque. Ils avaient préparé une grande marmite d'eau chaude. Plouf! le loup tomba dedans et se brûla la queue. Il se sauva et ne revint plus jamais. Les trois petits cochons firent une fête et chantèrent.